Introduction

Ce qu’est réellement l’exploitation minière artisanale et à petite échelle

Il n’existe pas de définition mondiale unique, mais la forme est constante : une extraction minière à faible capital, à forte intensité de main-d’œuvre, souvent informelle, qui fait vivre des dizaines de millions de personnes que l’économie formelle n’a jamais atteintes.

01Définir l’EMAPE

L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) recouvre l’extraction de minerais réalisée par des individus, des familles et des coopératives avec une mécanisation minimale, un faible capital et une forte intensité de main-d’œuvre. « Artisanale » désigne le degré le plus rudimentaire, à l’outil manuel ; « à petite échelle » ajoute un peu d’équipement et d’organisation.

Les définitions sont fixées au niveau national et varient largement : selon le volume de production, la profondeur, le nombre de travailleurs, le capital, la superficie, ou simplement l’existence d’un permis. Cette mosaïque est elle-même un problème : elle rend l’EMAPE difficile à comparer d’un pays à l’autre et facile à exclure des statistiques officielles.

DimensionArtisanale / petite échelleGrande échelle (pour comparaison)
Capital & mécanisationFaible, des outils manuels aux petites pompes et concasseursÉlevé, installations lourdes et automatisation
Main-d’œuvreForte, souvent familiale et communautairePlus faible, spécialisée et salariée
Formalité80–90 % informelSous licence & réglementée
Empreinte par sitePetite, dispersée, mobileGrande, fixe, durable
Qui en profite localementMoyens de subsistance locaux directsTaxes, redevances, quelques emplois locaux

Faute de seuil unique, une même exploitation peut être « à petite échelle » dans un pays et « minage illégal » informel chez son voisin. Le Hub EMAPE consigne la définition nationale aux côtés des données de chaque pays.

02Son ampleur

L’EMAPE a environ triplé en deux décennies, portée par la hausse des prix des minerais et la rareté d’autres moyens de subsistance ruraux. La main-d’œuvre directe est aujourd’hui estimée à environ 45 millions de personnes dans plus de 80 pays, soit environ un ordre de grandeur de plus que la main-d’œuvre de la mine industrielle, avec 134 millions de personnes ou plus qui en dépendent une fois comptées les familles et les économies de services.

Main-d’œuvre EMAPE directe, principaux paysMeilleures estimations disponibles (personnes)
IndeMinéraux de construction, charbon, gemmes~15M
Chine~9M
RD CongoOr, cobalt, 3T, diamants~2M
SoudanOr~2M
Nigeria~2M
Tanzanie~1.5M
Burkina Faso~1.3M
GhanaOr (« galamsey »)~1–1.5M

Source : Compilé à partir de l’IGF, de la Banque mondiale/Pact, de Delve et d’études nationales. Chiffres datés et estimatifs, voir Pays.

Ce sont des estimations superposées à des estimations. Les totaux réels sont presque certainement plus élevés : les mineurs informels échappent au comptage, les sites apparaissent et disparaissent au gré du prix de l’or, et de nombreux pays n’ont jamais mené d’enquête.

03Ce qu’elle produit

L’EMAPE n’est pas marginale dans l’offre mondiale. Elle domine certains marchés et alimente directement les technologies de la transition énergétique.

Part de l’EMAPE dans l’offre mondiale, par minerai
  • Pierres de couleur (ex. saphirs)80%Jusqu’à quatre cinquièmes de certaines pierres
  • Tantale26%
  • Étain25%
  • Diamants (en volume)25%
  • Or20%
  • Cobalt2%Effondré sous 2 % en 2024, contre un pic de ~10–20 % (v. 2018)

Plus élevée qu’on ne le suppose

Source : Banque mondiale / Pact, State of the ASM Sector ; IGF. Les parts sont approximatives et varient d’une année à l’autre.

L’or est le centre de gravité : il est portable, précieux et exploitable presque partout, ce qui attire le plus de monde et le plus d’attention. Mais les « minéraux de construction », sable, pierre, argile, gravier et sel pour la construction locale, constituent l’un des plus grands segments de l’EMAPE par effectif, même s’ils font rarement la une.

04Qui y travaille

L’EMAPE est à la fois un moyen de subsistance de dernier recours et une opportunité. Elle attire les agriculteurs entre deux récoltes, les jeunes sans autre travail et des familles entières. Les femmes représentent environ un tiers de la main-d’œuvre mondiale, et bien davantage dans certains pays, concentrées dans le traitement, le commerce et les services, souvent non recensées et non protégées.

~1/3
Femmes dans la main-d’œuvre EMAPE (mondial)
Jusqu’à ~50 % dans certaines régions d’Afrique subsaharienne
~1M
Enfants estimés dans les mines (OIT)
Une partie d’entre eux dans l’EMAPE ; cible d’une action dédiée

Le travail est souvent dangereux, puits non étayés, mercure et poussière, aucun équipement de sécurité, et les gains sont comprimés par l’informalité, qui prive les mineurs des marchés légaux et des prix équitables. C’est précisément cette combinaison que la formalisation cherche à changer.

05Le défi de la formalisation

Formaliser signifie faire entrer l’EMAPE dans la légalité : droits reconnus à exploiter, voies légales de vente, et les protections et obligations qui les accompagnent. Bien menée, elle augmente les revenus, réduit les préjudices et rend le secteur visible. Réduite à de la paperasse, elle ne fait qu’ajouter des coûts et pousse les mineurs encore plus dans la clandestinité.

  • Droits & accès, zones artisanales désignées, permis abordables et sûrs, et résolution des chevauchements avec les concessions à grande échelle.
  • Financement & technique, équipement, traitement sans mercure, information géologique et accès au crédit.
  • Marchés, des circuits d’achat légaux et traçables pour que les mineurs accèdent à des prix équitables plutôt qu’aux contrebandiers.
  • Organisation & protection, coopératives, normes du travail, et une vraie voix pour les femmes et les jeunes mineurs.
La formalisation ne fonctionne que sur un socle de données : on ne peut ni autoriser, ni soutenir, ni protéger des mineurs que l’on ne voit pas. C’est le fil conducteur de tout ce hub. Voir le thème de la formalisation →