01Égalité de genre (ODD 5)
Les femmes représentent environ un tiers de la main-d’œuvre EMAPE mondiale, et près de la moitié dans certaines régions d’Afrique, pourtant la loi les voit rarement. Le rapport State of the Sector 2023 a fait du genre son thème pour la première fois, avec des enquêtes primaires auprès de plus de 1 900 personnes.
Les femmes se concentrent dans le traitement, le transport, le commerce et les services autour des puits, un travail moins rémunéré, moins sûr et fréquemment non recensé, qui disparaît donc des statistiques comme des politiques. Le même rapport a constaté que les femmes effectuent 26 % de travail domestique non rémunéré de plus que les hommes et cite un risque de mortalité 90 fois plus élevé pour les femmes mineures. Une législation aveugle au genre les exclut ensuite des permis, de la terre et du financement. Les solutions sont connues : un droit minier sensible au genre, la reconnaissance des rôles des femmes, des coopératives dirigées par des femmes, et des réseaux de femmes dans les mines comme AWIMA, dont le premier sommet africain s’est tenu en 2024.
Les estimations de la part des femmes varient largement selon la méthode, de 18 % (Banque mondiale) à 50 % (IGF), ce qui est en soi un signe du peu de mesure du travail des femmes dans l’EMAPE.
Source : Delve / Banque mondiale & Pact, 2023 State of the ASM Sector (ODD 5) ; IGF.
02Mercure & environnement (ODD 12)
L’exploitation minière aurifère artisanale et à petite échelle (EMAPE aurifère) est la première source mondiale d’émissions de mercure d’origine humaine dans l’air, environ 38 % du total, parce que les mineurs utilisent le mercure pour lier l’or au minerai. Il faut distinguer deux chiffres : l’EMAPE aurifère utilise environ 2 000 tonnes de mercure par an, mais en émet environ 700 à 1 000 tonnes dans l’air (l’évaluation 2018 du PNUE donne ~838 t pour 2015 ; un inventaire académique de 2022 estime ~975 t pour 2021). Jusqu’à 15 millions de mineurs sont directement exposés, et jusqu’à 100 millions de personnes en aval.
La Convention de Minamata engage les gouvernements à réduire et, là où c’est faisable, éliminer le mercure dans l’EMAPE aurifère via des plans d’action nationaux ; une trentaine avaient été soumis fin 2025, et la COP-6 de 2025 a poussé la transparence de la chaîne d’approvisionnement de l’or, une voie pour contrôler les composés de mercure et un retrait mondial de l’amalgame dentaire. Des méthodes sans mercure (concentration gravimétrique, borax, capture par vortex et cornue) existent et fonctionnent ; les freins sont le coût, la formation et l’accès. Le programme planetGOLD (PNUE, ONUDI, FEM) opère désormais dans 27 pays et fait état de plus de 31 tonnes de mercure évitées. Au-delà du mercure, l’EMAPE entraîne déforestation, envasement des rivières et dégradation des terres, de l’Amazonie au Ghana, que les normes de mine responsable visent à freiner.
03Travail des enfants
L’OIT estime qu’environ un million d’enfants travaillent dans l’extraction et les carrières dans le monde, une partie d’entre eux dans l’EMAPE, à des tâches dangereuses qu’aucun enfant ne devrait accomplir. Les estimations mondiales OIT-UNICEF 2024 dénombraient 138 millions d’enfants en travail des enfants au total ; l’extraction relève de la part « industrie » et n’est pas ventilée séparément, de sorte que tout comptage précis d’enfants dans l’EMAPE doit être manié avec prudence.
L’or est la plus grande histoire par effectif : l’OIT estime jusqu’à un million d’enfants dans les mines d’or artisanales d’Afrique, le seul Sahel représentant environ un quart du travail des enfants dans l’extraction et les enfants composant 30 à 50 % de la main-d’œuvre aurifère au Burkina Faso et au Niger.
Les interdictions seules tendent à enfoncer davantage les familles dans l’informalité. Les progrès durables viennent de la lutte contre les causes (pauvreté des ménages, absence d’écoles, informalité) conjuguée à des systèmes de suivi et de remédiation qui tiennent les enfants hors des puits tout en protégeant le revenu de la famille, comme le projet OIT-USDOL GALAB et le fonds contre le travail des enfants de la Global Battery Alliance.
04Santé & sécurité (ODD 8)
Le travail décent est le cadre du rapport 2020. Les dangers de l’EMAPE sont criants : effondrements de puits, poussière et silicose, exposition au mercure et aux produits chimiques, et absence d’équipement de protection. L’informalité aggrave le tout : pas de contrats, pas d’assurance, pas de recours.
- Physiques, puits et tunnels non étayés, chutes, inondations, éboulements.
- Chimiques, mercure (or) et cyanure, plus poussières de silice et de plomb.
- Économiques, prix subis, servitude pour dettes et exposition à la violence dans les sites touchés par les conflits.
Les coopératives, une formation et un équipement de sécurité de base, et l’accès légal aux marchés réduisent mesurablement ces risques, c’est pourquoi la santé et la sécurité au travail et la formalisation sont les deux faces d’une même pièce.
05Formalisation
La formalisation est le thème maître : la plupart des autres préjudices reculent quand les mineurs obtiennent des droits légaux, des marchés équitables et de l’organisation. Le cadre State of the Sector pose trois piliers : un cadre réglementaire opérationnel, le financement et l’appui technique, et les normes du travail et l’organisation sociale.
06Minerais critiques & transition énergétique
Le passage aux énergies propres multiplie la demande pour les minerais mêmes que l’EMAPE fournit, cobalt et cuivre pour les batteries, étain et tantale pour l’électronique, et lithium et autres en devenir. Cela fait de l’EMAPE une question stratégique : le monde ne peut pas décarboner en la contournant.